Quand l’intelligence artificielle révolutionne le monde de la construction

S’ils n’en sont encore qu’à leurs balbutiements, Big Data, plateformes de gestion de données et robotisation opérées par intelligence artificielle permettent aujourd’hui d’accroître peu à peu l’efficacité, la productivité et la sécurité sur les chantiers.

Véritable vivier de potentialités au service de l’ultra-modernisme et du progrès, l’intelligence artificielle (IA) ne cesse de faire parler d’elle depuis plusieurs années. Inoculant graduellement toutes les strates de notre société par le biais de mises en applications intuitives et efficientes (voitures autonomes, publicités personnalisées, e-commerce, robots-conseillers…) ou d’expérimentations tests, cette merveille de technologie s’immisce peu à peu dans l’univers de la construction dont elle révolutionne les procédés et les professions.

L’instrumentalisation des données de construction en question

« L’intelligence artificielle est un terme générique décrivant la capacité d’une machine à imiter les fonctions cognitives humaines, comme la résolution de problèmes, l’apprentissage et la reconnaissance des formes », rappelle Thomas Goubau, CEO de la start-up AproPLAN. « L’IA est capable d’un apprentissage machine, soit des algorithmes alimentant une machine pour lui permettre d’apprendre à partir des données qu’elle rencontre. La machine améliore sa compréhension des choses et sa réflexion à mesure qu’elle est exposée à toujours plus de données », poursuit-il.

Et, loin s’en faut, avec l’avènement du numérique les données constituent aujourd’hui une source intarissable d’informations dont il serait bien regrettable de se priver pour optimiser, améliorer et affiner l’existant. Le Big Data, tel que l’on nomme techniquement la gestion et le traitement de ces quantités massives de données, apparaît d’autant plus indiqué dans l’univers de la construction que les datas s’y révèlent de plus en plus foisonnantes. Photos et vidéos enregistrées à partir d’équipements divers (téléphone portable, tablette, appareil photo, drone…), capteurs et outils indicateurs en tout genre, BIM (Building Information Modeling – modélisation des données du bâtiment en français), … fournissent quotidiennement une kyrielle de renseignements pertinents et précieux à analyser. « Le secteur de la construction a adopté une technologie de saisie des données. Le défi consiste désormais à mettre en place un système capable de gérer toutes ces informations capturées pour permettre tant aux professionnels de la construction qu’aux clients d’en tirer le meilleur parti », soulève Thomas Goubau, conscient des enjeux à venir.

Accroissement de la sécurité et de la productivité sur les chantiers

Pour les entreprises les plus novatrices s’étant essayées à l’utilisation de l’IA dans la construction, cette dernière permet avant tout d’accroître considérablement la sécurité et la productivité sur les chantiers. Ainsi, des sociétés telles que Arup* ou Skanska** recourent aujourd’hui à une plateforme de gestion de données photos et vidéos capturées sur sites afin de cibler les anomalies et dangers éventuels. « Leur logiciel utilise des algorithmes de reconnaissance d’images permettant d’identifier des critères de recherche spécifiques, comme les gilets de sécurité, les casques et les couleurs à haute visibilité pour filtrer les images d’ouvriers qui ne portent pas l’équipement de sécurité approprié et qui pourraient enfreindre les consignes de sécurité. En peu de temps, les résultats de la recherche peuvent être rassemblés et envoyés au superviseur du site – une tâche habituellement ardue qui prendrait des heures à accomplir » précise le CEO d’AproPLAN.

Lucides et perspicaces sur les opportunités offertes par l’IA en matière de sécurité face aux technologies émergentes, certains concepteurs ont fondé un programme d’aide à l’opérateur pour identifier et décoder via des algorithmes des objets spécifiques par le biais de méthodes de vision par ordinateur. L’outil génère, ainsi, des notifications et des messages d’alerte permettant de palier aux accidents ou d’en réduire les risques.

Pour l’éditeur Autodesk qui réalisait ses universités à Londres les 16 et 17 juin derniers, la priorité s’axe selon lui essentiellement sur la généralisation du BIM, avec utilisation dense du machine learning, du generative design, de l’impression 3D, de la préfabrication ou du DFMA (Digital Fabrication for Manufacturing and Assembly). Actuellement employé par le constructeur anglais BAM, le machine learning sur lequel surfe la solution Autodesk IQ étudie automatiquement via des théories mathématiques pointues les défaillances de sécurité sur un chantier et y accrédite un message indiquant si cela peut entraîner ou non une « fatalité ». Autodesk confie enregistrer pour l’heure des résultats prometteurs de l’ordre de 75 % de fiabilité. De son côté, le generative design « permet quant à lui d’explorer plus de solutions, de générer des modèles, de capturer l’intention de l’architecte ou du concepteur, sur la base de contraintes et objectifs définis à l’avance… Mais en aucun cas se substituer à l’architecte ou au bureau d’études », explique Éric Piccuezzu, directeur AEC Thought Leadership chez l’éditeur.

L’intelligence artificielle offre de surcroît la capacité très avantageuse de réaliser des actions cycliques et périlleuses nécessitant habituellement une main d’œuvre accrue. « Les programmeurs de l’intelligence artificielle affirment qu’elle peut aider les opérateurs de machines inexpérimentés à accomplir des tâches complexes. Ils sont persuadés que c’est particulièrement utile dans l’industrie de la construction où il est relativement difficile actuellement de trouver des opérateurs hautement qualifiés », apprend Thomas Goubau.

L’IA, une crainte pour le remplacement progressif des hommes sur les chantiers ?

Nombreux sont aujourd’hui les individus à s’inquiéter de l’intelligence artificielle et de l’automatisation de plus en plus récurrente qu’elle peut entraîner au sein de certaines professions. Est-il pour autant légitime de craindre prématurément que les hommes, notamment sur les chantiers, soit un jour intégralement remplacés par des robots de substitution ? « Les experts affirment que le recours croissant à l’IA n’est pas aussi effrayant que ne le laissent supposer les récits de science-fiction. L’automatisation et les machines automatisées ne sont qu’un élément de l’évolution. A l’époque de la première machine hydraulique, les gens exprimèrent la même inquiétude », rassure le CEO d’AproPLAN.

Ainsi, pour exemple, Steve Muck, le PDG de l’entreprise américaine Brayman Construction Corporation, a fait le choix pour sa part de se tourner vers la robotique pour palier à la pénurie de main d’œuvre depuis 10 ans dans la construction outre-Atlantique. Satisfait de sa solution automatisée de laisonnement des barres d’armatures, il se félicite d’avoir considérablement gagné en temps tout en diminuant les blessures subies par ses ouvriers dans cette tache. « L’utilisation de l’IA sera lente et constante, mais lorsque l’automatisation et les machines seront appliquées à la construction, de nouveaux emplois auront été créés pour les renforcer et les compléter » conclut, confiant, Thomas Goubau.