Low-cost et construction font-ils bon ménage ?

Panneaux en bois préfabriqués et découpés en usine puis assemblés sur place, basse consommation énergétique, appartements familiaux, parkings réagencés, achats centralisés… Les techniques des promoteurs et des professionnels du bâtiment se multiplient pour faire baisser des coûts de construction en constante hausse depuis 20 ans.

Il n’est pas rare depuis ces dernières années d’entendre régulièrement parler, ou de voir même émerger, la tendance du low cost dans l’univers de la construction. Face à des coûts d’édification de plus en plus onéreux qui se répercutent sur les acheteurs et freinent parfois leurs projets d’acquisition, promoteurs et professionnels du bâtiment peuvent être tentés de réfléchir, dans leurs conceptions, à des solutions palliatives visant les économies. Si ces moyens subsidiaires ne riment pas nécessairement avec abaissement de la qualité tel qu’il pourrait être tout aussi aisé que sommaire de l’envisager, ils ne se révèlent cependant pas pertinents et légitimes pour tous les types et lieux de construction.

Véritable gouffre financier souvent mal pesé par les non connaisseurs, les coûts de construction d’un bâtiment représentent approximativement 40 % à 60 % de son prix de vente. Ils n’ont cessé de grimper en flèche ces deux dernières décennies, portés par des politiques publiques conséquentes, des variations réglementaires contraignantes, des conditions de travail en évolution (temps, normes, …) et des matières premières en inflation. Compréhensible ainsi que les promoteurs et industriels puissent se démontrer désireux de comprimer leurs dépenses liées à l’édification quand la fixation pécuniaire du foncier échappe déjà à leur maîtrise. Pour y parvenir, plusieurs grands groupes tricolores sortent du cadre de la construction classique et en bousculent les codes.

La basse consommation en ligne de mire

Nexity a ainsi lancé, il y a une poignée d’année, son concept de l’Access Design basé sur la conception d’immeubles en bois à partir de panneaux standards préfabriqués et découpés en usine. Ces derniers, fournis en kit, sont ensuite directement assemblés sur place lors des chantiers et permettent d’en réduire drastiquement les temps de réalisation. On estime aujourd’hui une durée d’élaboration de 8 à 10 mois contre 18 à 24 mois traditionnellement. Cette technique focalisée sur le matériau permet d’effectuer une économie non négligeable de l’ordre de 15 % à 20 % en comparaison d’une construction en béton. Le premier bâtiment de ce type livré à Brest en Access Design s’est fait remarquer. Il a été établi au prix particulièrement attractif de 2 000€ le mètre carré, et a obtenu le label BBC (Basse Consommation Énergétique).

Construction d’immeubles et d’appartements en série

De son côté, le géant Bouygues Immobilier mise sur la multiplication et la facilité de conception, ou comment dupliquer un modèle prévu pour fonctionner quand l’unicité, l’exception et la distinction avaient jusqu’à aujourd’hui droit de cité. Ainsi, pour également pouvoir proposer des transactions à 2 000€ le mètre carré, le promoteur joue sur les terrains simples, sans fondations spéciales, et développe des opérations non mitoyennes de 50 appartements minimum (majoritairement familiaux de 4 pièces et plus, moins cher à bâtir que de petites surfaces) pour freiner les dépenses.

Rogner sur les agencements de confort 

Pour maîtriser encore davantage leurs coûts de construction, ces deux promoteurs que sont Nexity et Bouygues n’hésitent pas à grignoter sur les agencements dits de confort, mais non moins onéreux, que peuvent être l’installation d’ascenseurs ou la conception de parkings souterrains. Il ne leur est ainsi pas rare de construire des zones de stationnement extérieures plutôt qu’enterrées, avec la promesse d’une économie substantielle pouvant atteindre 400€ le mètre carré.

Parmi les autres pistes expérimentées par les industriels, Nexity tentent de réprimer les dépenses liées au second œuvre en misant sur des spécialistes non affiliés au domaine de l’immobilier pour la préfabrication d’éléments (salle de bain, cuisine, …) ou sur la mise en place d’achats centralisés au niveau national afin de négocier les prix de très gros volumes de commandes auprès des fournisseurs multiples.

Nul doute que si la stratégie de la construction low-cost intéresse aujourd’hui plus que jamais des bâtisseurs mis à mal par la hausse des dépenses d’édification, elle ne doit pas symboliser néanmoins low quality (basse qualité).