Le secteur du BTP dans la tourmente

La crise engendrée par la Covid-19 a sérieusement secoué le secteur de la construction. En dépit du redémarrage certain opéré depuis le déconfinement de mai, nombre de professionnels du bâtiment témoignent de profondes difficultés économiques avec près de 120 000 emplois actuellement menacés sur tout le territoire. 

Si certains secteurs d’activité se sont retrouvés très épargnés voire dopés par la crise sanitaire liée à la pandémie du Coronavirus, pour d’autres le revers économique se révèle implacable. C’est le cas du monde du BTP, particulièrement à la peine lors du confinement et en redémarrage désormais très inégal en fonction des régions françaises et des entreprises y intervenant. Selon les plus récents chiffres communiqués le 2 juillet dernier par le ministère de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités locales, la délivrance de permis de construire pour des logements neufs a fléchi de 46% lors de la période de mars à mai 2020.

Une timide reprise lors du déconfinement

Directement corrélées au déconfinement de la population française, les autorisations et mises en chantier ont témoigné d’une reprise timide – mais salvatrice – en mai. Néanmoins, elles dévissent de 8,8 % par rapport à l’an passé alors même que, tel que le précise Julien Denormandie, ministre de la Ville et du Logement, « elles étaient stables sur un an avant la crise ». Elles avaient progressé de 0,2 % en février et de 10 % « lors des trois mois avant le confinement par rapport aux trois mois précédents », avec un rebond plus important sur les permis de construire délivrés que sur les mises en chantier. En totalité, plus de 95 % des programmes ont pu reprendre et quatre sur cinq attestent désormais d’un fonctionnement normal.

120 000 emplois menacés à l’échelle nationale

Mais la tendance reste à ce jour préoccupante avec de forts contrastes en fonction des territoires. En Occitanie, par exemple, et plus spécifiquement en Haute-Garonne (31), 5 000 emplois pourraient être en péril sur les 50 000 que le département possède dans le secteur du BTP. Les petites entreprises y étant le plus représentées, ces dernières pourraient ne pas disposer d’une solidité financière assez ancrée pour supporter les six prochains mois décisifs qui s’esquissent.   

Inquiète face à cette situation qui devrait faire ployer l’activité du bâtiment de 18 % en 2020 selon ses actuelles prévisions, la FFB (Fédération Française du Bâtiment) alerte. « Ce serait 120 000 emplois en danger » sur tout le territoire, prévient Olivier Salleron, son président. Les consignes réglementaires et sanitaires imposées pour la protection de tous se révèlent contraignantes et très coûteuses pour les professionnels. Elles « sont très largement supportées par les entreprises » et non pas par leurs clients privés ou publics. « Aujourd’hui, elles travaillent à perte et perdent du pognon », a-t-il rajouté dans une grande conférence de presse.

Un soutien suffisant du gouvernement ?

Face à la tourmente qui enserre l’univers de la construction, le gouvernement français a déployé dans l’urgence un panel de mesures d’accompagnement et d’aide. Dans le cadre de l’activité partielle qui a concerné 1,5 million de salariés dans le BTP, 1,3Md€ ont été distribués en mars et avril. Parallèlement, le fonds de solidarité a été reversé pour 510M€ à 360 000 entreprises, et 66 000 prêts garantis par l’État ont été accordés pour un montant global de 9Md€. En outre, des coups de pouce fiscaux ont été appliqués « pour donner de la visibilité au secteur », comme l’indique le ministère de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités locales, et restent pour l’heure maintenus. Ils reposent sur un appui à la trésorerie des entreprises avec un allègement de l’impôt sur les sociétés et sur l’annulation des charges sociales des petites structures, « très touchées par la crise ». Pour compléter ce cadre d’assistance, les dotations aux collectivités ont été augmentées d’1Md€ et 4Md€ ont été accrédités pour le financement des travaux.

Désireux d’éviter « un trou d’air à l’automne », l’Exécutif entend désormais développer plusieurs dispositifs pour soutenir le carnet de commande du BTP. Inscrits dans le projet de loi des finances rectificatives, ils sont actuellement à l’étude à l’Assemblée nationale. Ils devraient notamment se concentrer sur une accélération des procédures de délivrance de permis de construire avec une dématérialisation profitable aux autorisations d’urbanisme.