Déchets de chantier

La valorisation du traitement des déchets sur les chantiers

En 2020, 70 % des déchets produits par la filière BTP devront être recyclés ou valorisés.

Dans ses conséquentes activités d’édification, le secteur tricolore du bâtiment génère à lui seul une moyenne de près de 40 millions de tonnes de déchets par an, dont 93 % émanent de travaux de démolition (65 %) et de réhabilitation (28 %), pour à peine 7 % produits finalement par des constructions neuves. Majoritairement enfouis ou incinérés jusqu’à ces dernières années, ces déchets ne bénéficiaient que de très peu de valorisation.

La France, soucieuse d’accéder à une haute performance environnementale et à une efficacité énergétique optimale, a édicté via sa loi de transition énergétique pour la croissance verte (loi no2015-992 du 17 août 2015) l’objectif pour l’univers de la construction de parvenir à 70 % de déchets du BTP recyclés en 2020, qu’ils soient valorisés en matière première, secondaire ou énergétique. A noter qu’est défini comme valorisation « toute opération dont le résultat principal est de réemployer des déchets à des fins utiles en substitution à d’autres substances, matières ou produits, qui auraient été utilisés initialement pour un dessein particulier ».

Les chiffres clés  

Typologie et origine des déchets

  • Les établissements de Travaux Publics (représentant 7 % des entreprises du BTP) produisent 85 % du volume total des déchets et matériaux issus des chantiers. Parallèlement, les établissements du Bâtiment (93 % des entreprises du secteur de la construction) n’en ont créé que 15 %.
  • 92 % des déchets et matériaux provenant des chantiers BTP sont inertes, 6 % se révèlent non inertes mais non risqués alors que 2 % sont considérés dangereux.*
  • Pour les déchets et matériaux inertes, 62 % concernent des terres et matériaux meubles non pollués, 13 % représentent des graves et matériaux rocheux, 11 % symbolisent des mélanges de déchets et matériaux inertes, 8 % sont des déchets d’enrobés, et 6 % impliquent du béton.
  • Pour les déchets et matériaux non inertes et non risqués, 49 % concernent des déchets en mélange, 18 % représentent des déchets végétaux, 13 % symbolisent des métaux, 7 % sont du bois brut et 6 % du plastique, 3 % impliquent du plâtre, et 2 % ont trait à des vitrages.
  • Pour les déchets et matériaux dangereux, 48 % concernent des terres et matériaux meubles pollués, 32 % représentent de l’amiante, 5 % symbolisent des filtres à huile, des bombes, des aérosols et autres, 5 % sont des enrobés et produits contenant du goudron, 4 % impliquent des peintures, du vernis, etc… , 3 % font référence à du bois traité, et 1 % ont trait à des batteries.

Pratiques en matière d’économie circulaire

  • Pour les Travaux Publics, 69 % des déchets et matériaux issus des chantiers sont extraits de leur chantier d’origine pour être envoyés en installation, réutilisés sur d’autres programmes de construction ou sont utilisés en guise de remblais selon le code de l’Urbanisme… Inversement, 31 % des déchets et matériaux sont réemployés sur le même chantier.
  • Pour la filière Bâtiment, 39 % des déchets sont utilisés en remblais de carrière, 31 % sont recyclés, 24 % ne peuvent être ni recyclés ni valorisés ni réemployés, et 6 % sont assignés à un autre projet ou réemployés en remblais selon le code de l’Urbanisme.

Les dépôts sauvages sévèrement punis par la loi

En 2014, la France comptait 3 809 installations spécialisées dans l’accueil de déchets issus des chantiers du Bâtiment et des Travaux Publics, soit en moyenne 7 structures pour 1 000km2. Elles se révèlent néanmoins réparties très inégalement dans tout l’Hexagone et leur densité s’en démontre disparate selon les territoires, oscillant pour exemple entre 0,6 centre dans la Nièvre (58) contre 125 pour le département des Hauts-de-Seine (92).

Un postulat qui pourrait donner l’envie à quelques ouvriers, exploitants ou collaborateurs divers, d’abandonner avec légèreté leurs déchets dans quelque endroit dissimulé qui pourrait les accueillir. En France, les récentes statistiques de l’Ademe ( Agence de environnement et de la maîtrise de l’énergie), faisaient en février 2019 de 21,4kg de déchets sauvages déposés par habitant et par an. Attention, cette pratique frauduleuse du dépôt sauvage est drastiquement illégale et peut s’avérer sévèrement punie par la loi. « De plus en plus de dépôts sauvages de déchets ou de pseudo-décharges de déchets inertes déguisées en aménagements urbains ou agricoles apparaissent dans les paysages français. La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte a mis en place des dispositions pour faciliter la lutte contre ces pratiques illégales. Dans la majorité des cas, c’est au maire que revient le pouvoir de police pour ces infractions au Code de l’Environnement », déclarait le ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer en mars 2016.

Ainsi, si un dépôt sauvage de déchet n’est sanctionné que de 68€ (minorée à 45€ si paiement rapide, majorée à 180€ si paiement tardif et au maximum à 450€ en cas de défaut de paiement ou de contestation, selon l’article R632-1 du Code pénal repris par l’article R.541-76 du Code de l’Environnement) pour un particulier piéton et de 1 500€ (contravention de 5e classe, 3.000€ en cas de récidive, prononcée par un juge, selon l’article R635-8 du Code Pénal repris par l’article R541-77 du Code de l’Environnement) pour un particulier véhiculé, pour une entreprise la peine devient immédiatement plus lourde. Elle peut atteindre 2 ans de prison et/ou une amende de 75 000€ (article L541-46 du Code de l’Environnement).

Conseils pour réduire les coûts d’élimination des déchets

A ce jour, le coût d’élimination annuel des déchets de chantier du Bâtiment (hors transport et location de benne) se chiffre à 2,54Mds€ sans tri, à 1,31Md€ avec tri, et à 1,27Md€ avec tri + 30 % de recyclage d’inertes. Un montant équivalent à 3,5 % du chiffre d’affaires du secteur.

Pour réduire au mieux ces dépenses, plusieurs recommandations peuvent être observées :

Lors de la rédaction des appels d’offres

Le coût de l’élimination des déchets doit être comptabilisé par les maîtres d’ouvrage en respectant la recommandation T2-2000 pour les maîtres d’ouvrage publics, ou la norme P03-001 pour les privés. « Ces deux documents déconseillent la mise en place d’un lot « déchets » et préconisent de décrire la prestation « élimination des déchets » dans chaque lot », précise la FFB ( Fédération Française du Bâtiment).

Lors de la réponse aux appels d’offres

– Estimer les quantités de déchets produits par nature (dangereux, non dangereux et non inertes, inertes, emballages).
– Identifier les sites de traitement, de stockage ou de recyclage en privilégiant le principe de proximité.
– Prévoir le coût d’élimination des déchets en fonction de deux paramètres précédents
– formaliser l’organisation prévue dans la réponse à l’appel d’offres

Pendant le chantier

– Éviter de mélanger tous les déchets ensemble, préférer un regroupement par nature.
– Garder une trace écrite (bordereau de suivi, bons de dépôt, …) de l’évacuation des déchets. Pour les prestataires spécialisés, faire établir un contrat et veiller au bon respect de la réglementation en vigueur lors des opérations.

Quelles valorisations ?

Si de multiples valorisations peuvent en définitive être effectuées pour recycler adéquatement les déchets de chantiers, des dispositions coutumières se dessinent.

Ainsi, les déchets inertes (céramique, béton, parpaing, tuiles, briques, gravats, verres…), après acheminement  dans des installations de recyclage qui leur sont propres, peuvent être valorisés pour constituer des granulats utiles aux renforcements d’infrastructures (pierres naturelles, terre…), pour remblayer ou exhausser un terrain afin de l’aménager (béton) ou avoir recours au concassage et criblage.

Les déchets non dangereux non inertes (bois, plastique, plâtre, métaux, isolants) finissent, pour leur part, en déchetterie lorsqu’il est impossible de les trier. Lorsque des opérations de recyclage sont admises, des valorisations énergétiques ou de matières sont les plus indiquées. Le bois, par exemple, peut subir une valorisation énergétique dans des chaufferies à base de bois, ou une valorisation matière par la création de pâte à papier ou encore des panneaux. Les métaux, eux, peuvent être refondus et réutilisés en métallurgie. Le recyclage du plastique et des emballages pour une réutilisation quasi immédiate se distingue comme la valorisation matière la plus rentable, notamment lorsqu’il s’agit de PVC.

Les déchets dangereux (goudron, piles, hydrocarbures, plomb, bouteilles de gaz,…), à l’inverse, nécessitent un traitement particulier dès la collecte, afin notamment de n’être surtout pas mélangés à d’autres déchets, et d’être précautionneusement emballés et étiquetés. « Les déchets dangereux sont également valorisables. Des processus de valorisation de certains de ces déchets existent, mais sont en général coûteux. Les matériaux contenant, par exemple, un revêtement avec des peintures au plomb sont traités par vitrification ou par sablage dans des locaux spécifiques. S’ils ne sont pas valorisables, les déchets dangereux sont stockés dans des ISDD (Installations de Stockage des Déchets Dangereux). On peut ainsi citer l’amiante », explique Traktor, plateforme virtuelle de location de matériel pour les professionnels du BTP.

Ces nouvelles start-ups qui œuvrent pour la valorisation des déchets de chantier

PickMyWastes

Créée par Vincent Bignalet-Cazalet en mars 2017, la jeune pousse PickMyWastes propose un ensemble de services de valorisation des déchets de chantier à travers une plateforme numérique innovante qui facilite le recyclage, optimise la logistique et assure une confiante traçabilité. « Les déchets sont ainsi orientés vers les meilleures solutions de valorisation et participent à la préservation des ressources naturelles en se substituant aux matières premières », décrit la start-up.

Batidon

En 2018, PickMyWastes s’est associé à deux autres sociétés dynamiques que sont Phenix et Hesus pour fonder Batidon, une filière moderne de récupération et réemploi des matériaux du BTP. « Ce dispositif permet aux chantiers de réduire le volume de déchets mis à la benne et de valoriser les matériaux excédentaires en bon état. Ils sont récupérés par des associations pour être réemployés, notamment pour des chantiers de réinsertion. Nous proposons ainsi plus de solutions pour éviter le gaspillage sur les chantiers », expliquent conjointement les trois start-ups.

Recnorec

« Nous transformons des déchets plastiques non recyclés car souillés et/ou mélangés, en un matériau composite solide et sain, multiforme et multi-usage, 100% recyclable lui-même dans son usine de production, en les associant à d’autres déchets non plastiques, pour leur éviter à tous la décharge ou l’incinération et conserver toute leur matière, véritable richesse planétaire en cours d’épuisement. Nous bouclons la boucle avec le moins beau, à l’infini, et dans l’espoir de rapidement consommer nos déchets et reconstruire notre cadre de vie. Nous traitons ce que les solutions de valorisation de déchets existantes ne peuvent raisonnablement prendre en charge », apprend Ugoline Soler, fondatrice de la jeune pousse Recnorec.

 

Pour aller plus loin :

http://www.dechets-chantier.ffbatiment.fr/ (Documentation, guides, vidéos explicatives et tutorielles, conseils, FAQ, textes réglementaires, …)

 

Les bonnes pratiques pour un chantier propre

Plus globalement, pour conduire un chantier résolument propre, la FFB a récemment conçu l’affiche didactique « Adoptons les bons gestes ! » à destination de toutes les entreprises et travailleurs œuvrant dans le secteur. Elle se répartit en plusieurs grandes thématiques :

Donner une belle image du chantier

  • Entretien des palissades
  • Nettoyage régulier du chantier et de ses abords
  • Lavage des roues des engins
  • Respect des voies de circulation et des zones de livraison

Réduire les émissions dans l’air

  • Humidification des matériaux et voies de circulation par temps sec
  • Bennes et camions bâchés pour éviter les envols
  • Entretien des matériels et véhicules
  • Coupure des moteurs en cas d’arrêt prolongé

Prévenir les pollutions de l’eau et du sol

  • Stockage des produits dangereux sur bacs de rétention
  • Vérification de l’étiquetage des produits
  • Utilisation de bacs de décantation pour le nettoyage des cuves et bennes à béton
  • Aucun déversement de produit toxique dans les réseaux publics
  • Utilisation d’un kit antipollution en cas de rejet accidentel

Protéger la nature

  • Protection des troncs contre les chocs
  • Aucun stockage de matériels proche d’espaces verts
  • Attention aux racines et aux branches
  • Respect des espèces protégées

Éviter le gaspillage des ressources

  • Gare aux fuites d’eau
  • Arrêt des moteurs dès que possible
  • Limitation de la vitesse des engins
  • Extinction des lumières et des équipements en l’absence de personnel

Gérer les déchets

  • Tri des déchets selon signalétique et consignes
  • Utilisation des bordereaux de suivi
  • Bennes couvertes pour éviter les envols
  • Aucun brûlage ni enfouissement de déchets

Limiter le bruit

  • Utilisation de talkies-walkies
  • Respect des plages horaires pour les taches bruyantes
  • Informations des riverains

Et n’oubliez pas qu’avec l’application Lanes, le journal de chantier numérique, vous disposez du compagnon idéal pour garder trace de vos bons gestes, vos bonnes pratiques, vos recommandations et divers mementos sur la réglementation en cours. Vous pouvez les consulter et les partager avec votre équipe à tout moment quand vous le souhaitez !