Face à la crise, les grands pontes européens de la construction tiendront-ils le coup ?

Dans une grande analyse, le cabinet d’études Mazars s’est intéressé au bilan 2019 des 17 majors européens de la construction afin d’estimer leurs aptitudes à passer au travers, ou non, de la crise qui ébranle le secteur depuis la survenance du Coronavirus. Se démontrent-ils en finalité suffisamment armés pour endurer les difficultés économiques actuelles et perdurer ?

« L’épidémie de Covid-19 a fortement impacté le marché de la construction depuis début 2020, obligeant les majors du BTP à prendre des mesures fortes pour faire face à cette crise sanitaire et économique. En France, le confinement a été mis en place le 17 mars 2020. Entre le 18 mars et fin avril 2020, tous les groupes ont communiqué sur l’arrêt d’une partie de leurs chantiers. L’activité a repris progressivement au cours du deuxième trimestre dans la plupart des pays au rythme des directives gouvernementales », introduisent Mathieu Delafoy et Olivier Thireau, associés au sein du bureau d’étude Mazars.

Le panel étudié : 17 grands groupes européens

Le Panel 2019 ciblé par Mazars intègre l’ensemble des groupes européens, pure players ou acteurs diversifiés autour des métiers de la construction, dont le chiffre d’affaires consolidé est supérieur à 5Mds€, soit 17 groupes.

Mazars tableau

 

2019, une année de croissance, de développement à l’international et de baisse de l’endettement

Jusqu’à l’émergence de la pandémie de Covid-19, l’herbe ne pouvait pas se révéler plus verte pour les grands groupes européens du secteur de la construction. L’année 2019, excellemment florissante pour eux, leur avait permis d’accélérer leur croissance pour la troisième année consécutive ( + 4,5 %, et même + 7,9 % pour les entreprises françaises), de dynamiser leurs carnets de commande pour la quatrième année successive (+ 3,5 % par rapport à fin 2018) avec une activité de plus en plus ouverte vers l’international (55,7 % du CA réalisé hors marché domestique), d’enrichir leur trésorerie (+ 45 %, soit 45Mds€) et de réduire au passage leur endettement net (- 38 % sur 5 ans). Pour exemples, l’endettement net de Vinci se fixait fin 2019 à 21,7Mds€ et celui d’Eiffage à 10,2 Mds€.

Les majors se sont attachés à poursuivre leur stratégie de croissance externe en multipliant les acquisitions avec deux particulièrement notables en 2019 sur la partie Concessions : en mai, Vinci a remporté 50,01 % des parts de l’aéroport de Londres-Gatwic et Eiffage, en décembre suivant, s’est procuré 49,9 % des parts de l’aéroport de Toulouse-Blagnac.

Concernant, le taux de marge opérationnelle des géants européens du BTP, il est très sensiblement remonté en 2019 de 0,2 points pour s’établir à 4,9 %. « Cette légère hausse est toutefois à nuancer. Avec la prise en compte d’Atlantia, le taux de marge opérationnelle des majors sur 2019 recule de 0,9 point par rapport à 2018. La dégradation de 18 points du taux de marge opérationnelle du major italien, notamment impacté par l’effondrement du Pont de Gênes, pénalise la moyenne du panel », expliquent les rédacteurs de l’étude.

Pour les performances par secteurs, « la croissance d’activité dans le BTP – qui représente 50 % de l’activité – est de + 4,7 % en 2019. Mais d’autre secteurs moins importants enregistrent une croissance bien plus forte, comme les concessions/infrastructures (+ 11,6 %), l’immobilier (+ 11,6 %), ou la route (+ 9 %) », poursuivent-ils.

Les bons chiffres de 2019 permettront-ils de traverser la crise de 2020 sans trop d’encombres ?

« La crise sanitaire liée à la Covid-19 vient néanmoins menacer ces bons résultats et les objectifs des majors pour les prochains mois, observent de concert Mathieu Delafoy et Olivier Thireau. Au cours du 1er trimestre 2020, ils ont généré une activité trimestrielle supérieure à la moyenne de ces cinq dernières années de 9,6 %, et en hausse de 2,2 % par rapport au 1er trimestre 2019. Néanmoins, les groupes français présentent déjà un recul moyen de 2,7 % de leur activité par rapport au 1er trimestre 2019, qui peut s’expliquer par un confinement strict appliqué dès la mi-mars. Ils sont en effet impactés plus particulièrement sur les métiers du BTP (- 6,3 %), de la route (- 8,9 %) et de l’immobilier (- 14,8 %). La baisse sera plus marquée sur le second trimestre 2020, en ligne avec le fort recul du trafic autoroutier et aérien. À l’inverse, le secteur des énergies et services est en hausse de 3,7 % par rapport au premier trimestre 2019 pour les groupes français, en raison notamment de la poursuite de leurs prestations dans les domaines des télécommunications ou encore de la santé, considérés comme essentielles durant cette période délicate  », rajoutent les deux associés, spécialistes BTP/Immobilier chez Mazars.

Reste désormais à analyser au plus près la publication des comptes de chaque groupe arrêtés au 30 juin 2020, l’évolution des prises de commande ainsi que les mesures de soutien étatiques afin d’obtenir une vision plus précise des effets de la crise sur l’activité et la rentabilité des majors européens. « La diversité géographique de leur activité, qui permet de compenser les impacts de la crise dans les différents pays, ainsi que la diversité des métiers (puisque certaines activités, comme l’énergie, sont moins sensibles aux effets de la crise), l’industrialisation de leurs méthodes de travail et leur niveau de digitalisation, constituent de réels atouts pour leur permettre de traverser cette période », estiment en conclusion les auteurs de l’étude.