Eco-construction : Les immeubles en bois se multiplient sur le sol français

Représentant à ce jour 15 % des programmes neufs en France contre 10 % l’an passé, les constructions en bois gagnent du terrain et se révèlent de plus en plus plébiscités par le public comme les promoteurs et concepteurs. 

Si elles connaissaient jusque là un développement bien plus graduel au-delà des frontières hexagonales, laissant la France attester d’un certain retard en la matière, les constructions d’immeubles en bois commencent désormais à avoir le vent en poupe dans notre pays. Les programmes se multiplient sur l’intégralité du territoire.

Immeuble en boisAlors que des bâtiments en bois de moyennes à grandes hauteurs s’élèvent et fleurissent déjà dans des centres urbains tels que Bordeaux, Rosny-sous-Bois, Strasbourg, Toulouse ou Vélizy-Villacoublay, la ville-capitale que représente Paris lorgne également sur cette tendance avec son iconique projet Wood’Up de REI Habitat. Reposant sur une tour de 50m et de 17 étages érigée dans le 13e arrondissement, ce dernier « proposera 107 logements et un espace partagé remarquable au 8e étage. Bâtiment manifeste pour la filière forêt-bois construction française, le projet Wood’Up allie prouesses techniques, innovations architecturales et excellence environnementale. Généreux en taille et en hauteur, faisant la part belle aux duplex bénéficiant souvent d’une double ou triple exposition, il sera un des plus grands immeubles en structure bois du monde », expliquent ses concepteurs. Un dessein emblématique qui devait voir le jour en 2020 mais se montre aujourd’hui retardé par la crise sanitaire liée au Coronavirus.

Le bois, un matériau qui séduit aussi bien le public que les promoteurs et constructeurs

Il faut dire que le bois, matériau naturel noble aux vertus renouvelables et performantes, sait de plus en plus séduire face à cet adversaire béton qu’on lui a longtemps préféré. Selon un récent sondage, 90 % de la population française se montrerait favorablement encline aux exécutions en bois alors que promoteurs comme constructeurs en discernent déjà les multiples attraits. Le bois émet en effet moins de gaz à effet de serre (entre –20 % et 30 % selon les spécialistes), son empreinte carbone est plus faible que pour les bâtiments professionnels (en moyenne 3kg de CO2 e/m2/an en phase d’exploitation contre 15kg pour le béton) et un chantier dure près de deux fois moins de temps en raison des pièces fabriquées et taillées en usine puis assemblées sur place. Enfin, le bois se révèle contre toute attente bien plus résistant au feu qu’on ne pourrait le croire.

Le futur programme en bois Althea de Vélizy-Villacoublay
Le futur programme en bois Althea de Vélizy-Villacoublay

L’ONF (Office National des Forêts) témoigne lui-même de toute sa ferveur et de son soutien à la démocratisation des conceptions en bois. « Les qualités esthétiques et écologiques du bois sont indéniables. Cet engouement de plus en plus perceptible pour le « tout-bois » va de pair avec une conception moderne de l’habitat, pensée en adéquation avec les besoins des usagers dont la conscience écologique ne cesse de croître. Ainsi, cette nouvelle génération d’immeubles à ossature bois répond parfaitement aux défis du 21e siècle, en phase avec les objectifs de neutralité carbone prévus par le projet de loi relatif au climat et à l’énergie en 2050 », affirme-t-il. En effet, pour combattre le réchauffement climatique, le bois présente le double avantage de se substituer aux énergies fossiles et stocker le carbone pendant toute la vie du matériau employé, qu’il s’agisse de charpente ou de menuiserie. Des durées de vie pouvant s’étendre parfois jusqu’à un siècle, absorbant ainsi un CO2 qui ne se baladera plus dans l’air terrestre et ne contribuera pas à l’élévation de la pollution et des températures. « Un rapport publié en 2018 par le Groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique (GIEC), confirme l’enjeu de l’utilisation du bois dans la construction. Une alternative non négligeable puisqu’actuellement le secteur du bâtiment émet plus de 123 millions de tonnes de C02 en France (18 % des émissions nationales), selon les chiffres du ministère de la Transition écologique et solidaire », rajoute l’ONF.

Un des seuls bémols que l’on pourrait accréditer aujourd’hui aux constructions en bois s’axerait sur leurs prix, en moyenne de 5 % à 10 % plus chères que pour un bâtiment traditionnel en béton. Un état de fait qui pourrait cependant s’infléchir à mesure que les conceptions en bois prendront encore plus d’ampleur en France, incitant ainsi les prix à décroître.

Un concours national pour élire les plus notables constructions en bois de l’année

Depuis désormais 9 ans, le Prix national de la construction en bois récompense chaque année les projets en ossature bois les plus ambitieux, visionnaires, marquants, mais également respectueux de l’environnement (intégration de matériaux naturels et biosourcés, adaptation au paysage).

Le premier immeuble en bois de Bordeaux
Le premier immeuble en bois de Bordeaux

Pour cette édition 2020 dont les résultats ont été dévoilés très récemment, 9 lauréats ont été distingués du 1er prix sur 728 candidatures reçues (+ 20 % par rapport à 2019). On pourra ainsi retenir dans la catégorie « Réhabiliter un bâtiment » le programme Little Atlantique Brewery – LAB (Nantes, Loire-Atlantique) de 1 549m2 et d’un coût de 2,8M€ HT. « Le LAB s’est installé dans une ancienne huilerie de 1856. Sa réhabilitation abrite à présent une halle de brassage de bières, un pub et une salle événementielle. Le bâtiment d’origine, disposant de peu d’ouvertures, est prolongé vers le Sud, face à la Loire, par une extension en charpente bois visible et intégralement vitrée. La conservation des ouvrages existants et sains a constitué un préalable à toute autre approche environnementale. Les poutres en pichepin originaires des Etats-Unis, ont ainsi été conservées, ainsi que les solives et planchers sains. Matériaux simples et bruts, bois massif, béton, acier et verre, conjuguent les différentes époques habillement mises en valeur par l’architecte », décrit le jury du concours.

Autre projet primé dans la catégorie « Habiter ensemble » le programme Sensations (Strasbourg, Bas-Rhin) de 9 146m2 et d’un coût de 14M€ HT. « L’Îlot Biosourcé accueille 146 logements dans un bâtiment de 11 étages. Sur un socle en béton, les étages en CLT (bois lamelle croisé), planchers, cages d’ascenseurs et escaliers compris, offrent des logements spacieux et généreusement ouverts à la lumière naturelle. Projet démonstrateur de ce que le renouveau de la construction bois permet aujourd’hui, des matériaux de qualité, biosourcés, un bilan carbone d’autant plus bas que la présence du bois est importante, sont les prémices de ce qu’une architecture durable peut apporter de meilleur aux logements et à la ville », précise le jury.

Le projet de construction collective Wood Cube
Le projet de construction collective Wood Cube

Pour conclure, il est à noter que les constructions en bois apparaissent si plébiscitées à ce jour sur le sol français que ces dernières se révéleront spécifiquement favorisées pour la conception du village olympique et paralympique des JO 2024 de Paris par la société Solideo. Les athlètes seront hébergés dans 3 500 logements mobilisant près de 100 000m3 de bois. L’intention des organisateurs des Jeux Olympiques étant de diminuer de 55 % l’empreinte carbone de l’évènement parisien par rapport à l’édition de Londres en 2012. Pas de doute, les bâtiments bas-carbone semblent promis à un bel avenir.